Quand l’Art et la Créativité vous font du Bien

Déverser vos problèmes dans l’oreille d’un psy, très peu pour vous ?  Alors peut-être serez-vous plus à l’aise pour exprimer vos angoisses par l'écriture, le dessin ou le théâtre ? Bienvenue dans l’Univers des Arts Thérapies.

Article de
BeBooda

Bienvenue dans l’Univers des Arts Thérapies.

L’art thérapie consiste à rétablir votre meilleure santé mentale, et votre créativité, grâce aux formes artistiques de votre choix (arts visuels, musique, théâtre, danse, etc.).

Imaginez que vous vivez une situation difficile depuis des mois… et que votre stress s’accroît de jour en jour, vous plongeant dans un sentiment d’impuissance face à votre avenir. Vous ne savez plus quoi faire, et un ami vous recommande une séance de thérapie par le théâtre

A quoi vous attendre ?

Selon la dramathérapeute Maud Gendron Langevin, «en vous laissant guider par des exercices d’art thérapie, vous réalisez que vous pouvez envisager les choses sous un angle positif, à avoir du plaisir, à ressentir le désir de vivre».

La thérapie par les arts se définit par l’utilisation intentionnelle d’une forme d’expression artistique à des fins thérapeutiques.

Pourquoi opter pour une thérapie par l’art plutôt que pour une psychothérapie ? 

« La psychothérapie est verbale et rationnelle, explique Maud Gendron Langevin, qui est également professeure à l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec. 

On réfléchit, on décortique, on nomme les choses. Certaines personnes sont excellentes dans ces domaines, mais si vous êtes coupé de vos émotions, de votre ressenti et de votre corps, vous pouvez avoir besoin de l’art pour sortir de l’impasse. Il y a quelque chose d’intuitif et de spontané dans les arts thérapies. »

Aller au-delà du bien-être…

La thérapie par l’art procure du bien-être mais, comme son nom l’indique, elle vise d’abord des objectifs thérapeutiques, préalablement déterminés avec le patient. 

« Il s’agit ni plus ni moins de changer le fonctionnement psychologique de quelqu’un », résume Lise Pelletier, professeure et responsable des programmes en art-thérapie à l’Université du Québec.

Pour arriver à ses fins, Lise Pelletier travaille avec les arts plastiques. Elle essaye plusieurs matériaux avant de trouver celui qui fonctionne le mieux avec tel ou tel patient. Certains n’aiment pas le pastel sec parce qu’il leur rappelle les tableaux d’école. D’autres adorent l’odeur de la peinture, son « côté glissant » et la possibilité d’en appliquer des couches épaisses. 

Les séances ne sont pas complètement silencieuses : les patients sont invités à discuter, à échanger. 

« On soulève des questions », indique Maud Gendron Langevin. « On observe leurs choix et leur état d’esprit pendant la séance, ajoute Lise Pelletier. On agit un peu comme un miroir pour permettre à la personne de comprendre ce qu’ils tentent d’exprimer dans les différentes étapes de création, de mettre des mots sur leur expérience. »

L’HISTOIRE DE L’ART THÉRAPIE 
L’application de l’art à des fins thérapeutiques n’est pas un concept nouveau. La Grèce Antique, tout comme la plupart des cultures traditionnelles, considérait que les arts avaient un effet cathartique et thérapeutique. Au début du XXe siècle, le psychiatre suisse Carl G. Jung avait déjà lui-même expérimenté les bienfaits de l’expression par le dessin. Il a ensuite intégré cette approche dans sa pratique. 
Toutefois, l’art thérapie n’a fait son entrée officielle dans la société contemporaine que vers les années 1930. Elle s’est d’abord introduite en Angleterre et aux États-Unis grâce à Margaret Naumburg, enseignante et psychothérapeute reconnue comme l’une des pionnières dans le domaine.
Au Canada, parmi les thérapeutes ayant contribué à l’intégration de l’art dans le cadre de traitements psychiatriques, nous pouvons citer Martin A. Fisher qui a fondé, en 1967, le Toronto Art Therapy Institute et, en 1977, la Canadian Art Therapy Association. En France, en dépit des programmes de formation offerts depuis les années 1970, l’art thérapie n’est pas encore très répandue.
L’Angleterre est le premier pays européen où la profession a été reconnue par les Services de santé publique, en 1997. En Allemagne, les assurances couvrent, dans certains cas, les frais de prise en charge, tandis que dans la plupart des autres pays européens, le travail de reconnaissance professionnelle reste encore à faire. 

Ce qui se passe dans le cerveau :

Ésotérique, tout ça ? 

« Pas du tout ! » s’exclame Lise Pelletier, travailleuse sociale devenue art thérapeute. « On ne fait pas de magie, souligne-t-elle. Cette approche repose sur une solide base scientifique. »

Au cours des dernières années, les recherches en neurosciences ont en effet confirmé les effets de la thérapie par l’art. 

En étudiant le cerveau, on comprend mieux où se logent votre créativité, vos traumatismes, votre mémoire émotionnelle, vos chocs, comment vous avez enregistré l’information….

« Quand on vit un traumatisme, un schéma de pensée et d’émotions se forme dans la mémoire émotionnelle inconsciente, explique Lise Pelletier. Des situations de la vie quotidienne peuvent éveiller des sensations associées de près ou de loin à cet événement et faire replonger la personne dans le trauma, ou amplifier le vécu émotionnel qui devient alors démesuré par rapport à la situation actuelle. Cette réactivité indique qu’il est nécessaire de travailler le traumatisme. L’art permet de toucher à cette mémoire émotionnelle pour créer de nouveaux schémas qui viennent remplacer les précédents en agissant sur les éléments conscients et inconscients de l’expérience. C’est un peu comme lorsqu’on sauvegarde un document à l’ordinateur; la nouvelle version vient modifier favorablement la précédente. »

Prenons l’exemple de Diane (prénom fictif). Après le suicide de son fils, elle a pu réaliser ce processus salvateur en art thérapie avec Lise Pelletier. La mère n’avait pas vu la scène, mais elle se l’imaginait sans cesse. C’était incontrôlable et ça provoquait chez elle des symptômes post-traumatiques.

« Je lui ai fait dessiner la scène comme elle se l’imaginait, raconte l’art thérapeute. Puis je lui ai demandé de découper le dessin de son enfant pour le placer dans un lieu d’apaisement et l’entourer de gens qu’il aimait. Elle a choisi un champ fleuri. En travaillant la symbolique grâce au dessin, elle a pu exprimer toute l’angoisse refoulée dans sa mémoire émotionnelle et, finalement, s’apaiser. »

Aucune prédisposition artistique n’est requise !

Dessiner s’est avéré significatif pour Diane, et c’est le cas pratiquement pour tout le monde. D’après Lise Pelletier, la création artistique est plus universelle que les mots. Elle donne l’exemple du bleu : «même si on utilise tous le même mot pour nommer cette couleur, chacun a un bleu bien personnel en tête. Il peut être pâle, foncé ou présenter une texture particulière».

Pour arriver à cette expression, on n’a aucunement besoin d’être un artiste dans l’âme. « L’objectif n’est pas d’atteindre un haut niveau de qualité esthétique, mais d’établir une juste correspondance entre l’univers intérieur du patient et ce qui jaillit de sa création, explique-t-elle. On peut comprendre des blessures émotionnelles en psychothérapie, mais avec la thérapie par les arts, on peut faire le pont entre ce qu’on comprend et ce qu’on vit. »

C’est particulièrement efficace dans les cas d’anxiété généralisée et de dépression. Les arts thérapies constituent des solutions de rechange pour les personnes à qui la psychothérapie convient moins. Elles sont intéressantes également pour les gens qui ont des limitations cognitives ou un handicap intellectuel, parce qu’elles leur permettent d’exprimer ce qu’ils ressentent au-delà des mots.

Pour Lise Pelletier, la découverte de cette discipline a été une révélation. « Quand j’étais travailleuse sociale, j’œuvrais auprès de femmes abusées sexuellement et je voyais les limites de l’intervention verbale chez les personnes qui ont vécu des traumatismes aussi importants, affirme-t-elle. L’art thérapie m’a donné accès à un tout autre univers, et m’a permis de mieux comprendre la personne, et son processus de guérison. »

L’art-thérapie vue par les neurosciences

Les chercheurs ont longtemps divisé le cerveau en 2 structures distinctes : les hémisphères gauche et droit. À chacune de ces parties, des tâches spécifiques étaient attribuées : la logique, la parole, l’intellect, l’analytique et l’écriture pour le cerveau gauche. Et pour le droit, l’artistique, le spirituel, l’émotif, l’intuitif et le symbolique.

Aujourd’hui, on conçoit davantage le cerveau en termes de systèmes interconnectés. Dans l’exécution d’une tâche particulière, les 2 hémisphères sont sollicités à des degrés divers. Le gauche correspond à un mode dit explicite, auquel on associe le rationnel, le conscient, le verbal. Le mode de l’hémisphère droit est implicite, et se réfère à l’expérientiel, l’inconscient, le non verbal.

En voie de reconnaissance…

Les recherches actuelles en neurosciences démontrent que les souvenirs traumatisants restent bloqués dans les régions inconscientes du cerveau : dans certain cas de trouble dissociatif comme l’état de stress post-traumatique, le verbal ne suffit pas à traiter l’intégralité des symptômes et le recours au mode implicite devient une nécessité.

Selon l’expérience de Johanne Hamel (Université du Québec), la stimulation simultanée des aires somatosensorielles, visuelles et des motrices, trace un chemin vers les mémoires implicites, c’est-à-dire vers l’inconscient, en le réveillant. Or, les chemins neurologiques empruntés en art thérapie, lors de la réalisation d’une image, sont les aires visuelles, kinesthésiques et motrices.

De fait, les art thérapeutes ont un accès privilégié à ce mode : ce qui ne peut-être dit peut être explicité de façon non-verbale au travers du dessin ou de la peinture. 

 ZOOM SUR LES DIFFÉRENTES ART THÉRAPIES
Le coloriage
, discipline phare de l’art thérapie Longtemps réservés aux enfants, les livres de coloriages pour adultes ont fait leur apparition sur le marché depuis quelques années. Ce succès s’explique par le fait que le coloriage est facile d’accès, et ne nécessite pas de maîtrise technique. De plus, il est peu coûteux. Le coloriage favorise la concentration, permet de lâcher prise et de ne plus penser à rien. C’est en cela qu’il est profondément anti-stress. Certains spécialistes estiment même que les effets du coloriage pourraient être similaires à ceux de la méditation. De nombreux indices sur la vie interne de l’individu peuvent émerger suite au coloriage : les couleurs utilisées, le type de trait… 
Le théâtre 
Les exercices d’expression théâtrale sont très variés. Par exemple, l’utilisation de marionnettes vous permet de vous projeter et de communiquer de façon indirecte sur vous-même. D’autres exercices consistent à rencontrer votre « vous intérieur », à mettre un souvenir en scène, à raconter votre propre conte… Que ce soit pour mieux vous connaître, ou pour décharger vos émotions, le théâtre est une excellente thérapie. 
La musique
Aussi appelée musicothérapie, la thérapie par la musique est un moyen privilégié d’accéder à vos émotions et de les décharger. On parle de musicothérapie réceptive lorsque vous écoutez de la musique, et de musicothérapie active lorsque vous créez un extrait musical à l’aide d’un instrument. La musicothérapie est notamment utilisée chez les autistes et chez les individus anxieux.
La danse
La thérapie par la danse vous permet de faire sortir vos émotions et de vous exprimer à travers le corps. Ici, pas d’apprentissage mais de l’expression pure. Certains exercices peuvent consister à exprimer votre colère (ex : la danse du guerrier / de la guerrière), votre sensualité (ex : la danse de la princesse / du prince). Ils permettent de vous désinhiber et de vous libérer. Les arts plastiques Dessin, peinture, collage, poterie, fusain… Il existe une multitude d’outils permettant de créer et de mettre en place un processus de création artistique à des fins thérapeutiques. C’est en observant la manière de structurer l’espace, de disposer les formes, d’utiliser les couleurs, d’associer les idées que vous pouvez, avec votre accompagnant, donner un sens à votre création et à vous en inspirer pour effectuer les changements désirés dans votre vie. 

Sources :

  • Hamel, J. (2008) Cours de deuxième cycle, L’art comme médecine, Département des sciences du développement humain et social, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
  • Maud Gendron Langevin, professeure à l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec. 
  • Lise Pelletier, professeure et responsable des programmes en art-thérapie à l’Université du Québec.


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